15 mesures pour réformer le collège proposées par des collégiens | Alchimie du collège

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[Certains auront envie d’évacuer d’un revers de la main ces propositions au motif que les élèves ne seraient pas bien placés pour savoir ce qui est bon pour eux, qu’ils manquent de distance et de hauteur de vue, que leurs préconisations sont trop simples. On peut aussi imaginer que leur point de vue, incarné, quotidien, immédiat, sans ambages est en partie ce qui manque pour donner plus de consistance aux programmes éducatifs]

 

 Si vous étiez conseiller d’un candidat à la présidentielle,  quelles mesures lui suggéreriez-vous de prendre pour améliorer le collège (en général, pas le vôtre en particulier) ?

1° « Les seules surprises que nous ayons, c’est des interros« . Les élèves regrettent le train-train de la vie collégienne avec des semaines identiques qui se répètent tout au long de l’année. Ils voudraient des événements (une « semaine internationale » a été proposée), des thèmes, des emplois du temps qui varient, plus de sorties, de voyages. La routine les ennuie.

2° « On aimerait déjeuner parfois avec nos profs, si on les connaissait mieux, on prendrait mieux les remarques, on verrait que dans la vie, ils sont normaux« . Le lien avec les enseignants a fait l’objet de nombreuses propositions. Ils souhaitent des relations plus directes, plus simples et plus chaleureuses. Ils remarquent qu’ils découvrent leurs profs en sortie, en voyage, au détour d’un cours et que ça change tout pour eux. Ils souhaiteraient plus de discussions avec eux et pas seulement pour gagner du temps sur le cours : ça les intéresse.

3° « On aimerait avoir des amphis » .  Un niveau, dans son ensemble,  suivrait des cours (magistraux) dans un amphithéâtre (considéré comme le nec plus ultra de la classe internationale). 150 élèves de 6e écouteraient par exemple un cours d’histoire de cette manière pendant une heure ou deux.  Les élèves seraient ensuite divisés par petits groupes dans des ateliers optionnels ou par niveau.

 « On aimerait qu’on nous fasse confiance, qu’on nous confie des choses, avoir des missions« .  Ils remarquent qu’on ne les laisse même pas cinq minutes seuls quelque part (et reconnaissent que l’on a bien raison !). Ils souhaiteraient qu’on leur confie des responsabilités (un jardin dans la cour par exemple).

5° « On aime bien apprendre des choses quand on nous les raconte« .  Le récit fait l’unanimité même s’ils reconnaissent qu’en mathématiques, par exemple, ce ne va pas être évident. Ils se disent durablement marqués par les films ou les documentaires. Ils aiment bien quand les profs font de l’humour, sauf quand ils en font et qu’ils ne sont pas drôles.

6°  Les élèves aimeraient des salles avec chacune leur personnalité, leur thème, leur couleur. Ils voudraient que certaines soient repeintes. Et soient dotées de climatisation. Ils souhaiteraient, chaque vendredi avant les vacances, consacrer une journée à laver, ranger et décorer le collège. Ils pensent qu’ainsi ils prendraient plus soin du matériel (critiqué pour son côté « lugubre ») et seraient plus attentifs à ne pas salir. De manière générale, le bien-être au collège  est considéré comme primordial.

7° En ce qui concerne la cantine (au centre de leur vie et de la journée !), ils estiment que « la nourriture c’est la vie » et veulent simplement que ce soit bon tous les jours. Ce thème est omniprésent, récurrent, insistant.

8°  Les élèves voudraient que les professeurs expliquent aussi longtemps que tout le monde n’aura pas compris. Plusieurs fois, donc, et de manières différentes.Certains, dont les résultats sont excellents, s’inquiètent : « on va s’ennuyer« .

9° Ils souhaiteraient une uniformisation des exigences. Qu’une classe n’ait pas 17 de moyenne avec tel prof et une autre 12 avec un autre enseignant de la même matière. Evidemment, l’uniformisation se ferait sur la base d’un 17 de moyenne, reconnaissent-ils l’oeil en coin.

10° Ils souhaitent faire les devoirs sur place le soir ou la matin histoire d’être débarrassés. Ils disent que la question des devoirs envahit leur soirée et leurs week-end et qu’ils aimeraient qu’une fois partis du collège ce soit réglé. A part pour relire ou réviser une leçon.

11° Ils aimeraient qu’on utilise  encore plus de moyens modernes pour suivre les cours. Mails, tablettes, blogs, cours en ligne,  texto. Cela ferait gagner du temps

12° Ils aimeraient que, à la manière de Poudlard, on mette les classes d’un niveau en concurrence, qu’il y ait des concours entre elles. Ca les motiverait beaucoup et ça leur donnerait envie de s’aider les uns les autres pour gagner.

13° Ils aimeraient que les professeurs cessent de croire qu’ils sont autrement qu’ils ne sont et tiennent compte de leur vraie vie, de ce qu’ils sont vraiment : ils ne relisent pas toutes leurs leçons la veille, ils ne s’y prennent pas à l’avance pour réviser, ils ne se ruent pas sur leur travail le soir en rentrant…

14°  Ils aimeraient des caméras de vidéo-surveillance pour les recoins les plus sombres de la cour  et les territoires annexés par les grands (type banc, nerf de la guerre)

15 ° Ils disent aimer travailler en groupe. « Parce qu’il y en a un qui travaille, deux qui rigolent et un qui ne fait rien ? » dis-je dans un élan sincère et totalement partisan. Pas seulement (ce qui est un demi-aveu) me répondent-ils pendant que je songe à commander neufs boîtes de Lexomil, sept cents paires de boules Quies et rêve d’amphithéâtres sublimes lambrissés et insonorisés. Ca leur semble intéressant et enrichissant.

[Pendant une semaine, dans le cadre du cours d’Enseignement Moral et Civique (EMC) l’ensemble des mes élèves de 6e et 5e a travaillé, par petits groupes, à l’élaboration de mesures qui pourraient, selon eux, améliorer la scolarité des collégiens. Elles se devaient d’être générales (on ne débat pas du coin de mur de la salle 104))  et réalistes (ce qui exclut la fontaine à Nutella dans la cour, les profs top copains, les semaines de 7 heures et les vacances de 6 mois). Chacune a fait l’objet de débats (l’uniforme, par exemple, a divisé les élèves qui n’ont pas réussi à se mettre d’accord) et de mises en perspective. Je suis bien consciente que ma manière de mener le débat (enfin, mon rôle a surtout consisté à faire baisser le niveau sonore)( j’ai cru mourir) a pu avoir son influence : ce billet n’est pas la SOFRES . Il n’en reste pas moins que ce sont LEURS propositions, dont je vois personnellement, par moment, les écueils, travers ou limites, mais ce n’est pas la question.]