Les « soft skills » bousculent les « savoirs »

La notion de « soft skills » monte en puissance un peu partout dans les milieux éducatifs, comme en témoigne cette excellent article paru sur le site de letudiant.fr

Cette approche s’inscrit ici clairement dans le cursus professionnalisant d’une école d’ingénieurs … Oui il était temps, et je suis ravi de voir apparaître ces apprentissages en matière de savoir-être à ce niveau-là ….

Mais, au fond, ces apprentissages ne sont-ils pas le fruit d’un long processus de développement personnel, qui aurait largement besoin de démarrer bien plus tôt et pourrait être largement accentué dans nos systèmes scolaires actuels.. En tout, c’est ce dont semble témoigner cet article … Et cette citation de Dorothy Dalton : « Hard skills are the foundation of a successful career. But soft skills are the cement. » On peut même se demander si nos vieux systèmes n’ont pas inversé l’ordre des priorités.

Longtemps, le sacro-saint « savoir » associé à la « connaissance » a été la clé de voûte de l’école, bien que souvent résumé au « savoir mémoriser« … A côté, le développement de « savoir-faire » , souvent associé à un côté pratique et utilitaire, fût souvent la caractéristiques de nos filières professionnelles ou technologiques. Par opposition, les filières générales ont été fondées en priorité sur le « savoir-penser« , comme une incarnation de la puissance intellectuelle, qui a mis au firmament bon nombre des brillants penseurs de notre société Post-Lumières.

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Cette notion de « savoir-être » a sans doute été un peu ignorée. La notion de développement personnel des individus vu sous cet angle semble même être un concept assez moderne, tant il était bien souvent vu comme inutile dans les anciennes époques industrielles très hiérarchisées, tant la scolarité et les « études » constituaient le socle d’un ordre social bien établi. Les « directeurs » des temps anciens tiraient généralement leur légitimité de cet ordre social et de leur pouvoir hiérarchique, alors que les « managers » d’aujourd’hui doivent sans cesse « s’imposer » suivant de nouvelles règles largement définies par leurs compétences et leur « savoir-être » professionnel.

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La société du XXème siècle, ses évolutions et ses crises, ont redistribué les cartes … Et nous voilà au XXIème siècle en face d’un système éducatif à faire évoluer d’urgence, tant cette mutation a été rapide. Et Nous parlons aujourd’hui davantage de « compétences » que de « savoir » !

Toutefois, à côté du développement du savoir-être, notre société si rapide nous impose déjà d’autres défis à relever …

J’en citerai au moins 2. Le premier se situe un cran au-delà de la notion de « faire savoir » : notre époque d’hypercommunication nous impose les apprentissages du « savoir communiquer« , à travers l’ensemble des canaux que constituent la communication avec autrui (internet, identité numérique, image, vidéo, réseaux sociaux, présentations, pitchs, expression orale …) . Deuxièmement, le « savoir apprendre » prend progressivement le pas sur le « savoir mémoriser », et sous-tend l’idée et la nécessité d’une adaptation permanente (adaptabilité) à un contexte en mouvement permanent, et comprends des apprentissages fondammentaux pour aujourd’hui (maitrise de l’accès à l’information et pensée critique, posture individuelle de remise en question permanente, intégration du concept de « veille » dans tous les domaines où une information scientifique ou technologique peut se périmer très rapidement..)…

Ah j’allais oublier un troisième défi à relever, c’est celui du « savoir décider, avancer et agir« , qui semble être le propre des projets en méthodes « agiles ». En effet, notre système nous a essentiellement construit sur les fondements de l’analyse et de la réflexion préalable, engendrant souvent une certaine hésitation et difficulté à la mise en action. Ces méthodes déjà largement répandues dans le monde professionnel induisent la nécessité d’un état d’esprit tourné flexible et dynamique orienté vers l’action, où l’analyse intervient partout, en permanence pour conserver cette capacité à corriger les erreurs (cela arrive tout le temps !), avancer, vite, concrètement, de manière efficace. Mais nous n’en trouvons malheureusement que trop peu souvent la trace dans nos systèmes éducatifs, et c’est bien dommage !